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Georges de Peyrebrune : Une feministe

Fille naturelle, Georges de Peyrebrune a connu dès ses premiers pas dans la vie, un monde sans hommes. Elle vécut entourée de l’affection de sa mère et de sa grand-mère. Elle reçut une éducation parmi des jeunes filles, puis résignée à la vie conjugale elle n’y découvrit aucun épanouissement.

Animée par une passion de l’écriture et une volonté de faire carrière en littérature par ses propres moyens, elle se trouve seule à Paris, vers la fin des années 1870 où elle fait l’amère découverte du machisme et de la misogynie des éditeurs ou directeurs de revues. Son refus déterminé de se plier aux exigences masculines est la première manifestation de son féminisme. Le Roman d’un bas-bleu dépeint cette lutte pour exister en tant que femme de lettres dans les cercles parisiens dominés par les hommes.

Elle est convaincue de la nécessité de s’intégrer à une communauté littéraire féminine visant à faciliter l’accès des femmes au pouvoir culturel en France. Son nom apparait en bonne place en 1902 dans les réponses des lecteurs et lectrices de la revue Femina en vue de créer une Académie féminine idéale.

En 1904 elle est membre du premier Comité du Prix La Vie Heureuse qui conteste les modes de consécration existants. Que des femmes décident de se constituer juges du talent littéraire est, pour l’époque, une position particulièrement transgressive. Elle développe d’étroites relations de confraternité avec de nombreuses femmes de lettres et participe au premier jury du Prix Femina en 1904 aux côtés de Séverine et de Gabrielle Réval.

Son féminisme s’exprime aussi dans ses œuvres. Les plus importantes dénoncent toutes les formes de violence faites aux femmes. L’héroïne de  Victoire la Rouge est une victime des hommes. Le roman Les Femmes qui tombent contient une série de portraits de ces prédateurs lâches et séducteurs violents au travers desquels elle expose ses convictions profondes, ses revendications et son combat contre l’hégémonie masculine.

Son féminisme peut aussi prendre la forme d’un hymne à la femme comme dans Le Réveil d’Eve ou de la transgression de certains stéréotypes comme dans l’épilogue de Une séparation.

Lors des débats concrets sur la question du vote des femmes ou de leur engagement politique elle adopte une position nettement conservatrice. Néanmoins elle rejoindra le journal La Fronde, un journal par et pour les femmes, où elle publiera plusieurs nouvelles, et plaidera avec éloquence et humour la cause de toutes ses consœurs dans un petit récit Jupiter et les bas-bleus.

En dépit de ses limites et même de ses contradictions, le combat de Georges de Peyrebrune pour la cause des femmes est indéniable. C’est un jalon dans l’histoire de leur émancipation, le reconnaître comme tel c’est aussi la faire sortir de l’oubli.

 

Jean Paul Socard