Top Menu

Newsflash

PEYREBRUNE (GEORGES DE)

Georges de PEYREBRUNE (English translation)

Georges de Peyrebrune (1841-1917) a connu la notoriété parmi les femmes-écrivains de la fin du XIXème siècle et elle figure aussi parmi les grandes oubliées de l’histoire littéraire de cette époque.

Mathilde Marie Georgina Elisabeth de Peyrebrune est née à PEYRE-BRUNE, sur la commune de Sainte-Orse en Dordogne, le 24 mai 1841. Elle est la fille naturelle de Françoise Thérèse Céline JUDICIS, de condition modeste. Son père est un riche propriétaire terrien du voisinage, installé au château de Redon : Georges JOHNSTON. La fortune de ce dernier permet de subvenir à l’éducation de la jeune Georgina Elisabeth dans l’une des institutions religieuses de Périgueux.
Elle épouse, le 28 janvier 1860, Paul Adrien Numa EIMERY, originaire de Chancelade. Ce n’est pas un mariage d’amour et il ne se développera pas en union heureuse; elle l’évoque comme un traumatisme. Sur l’acte de mariage, elle signe « G. Johnston de Peyrebrune. »


Très tôt elle manifeste un goût et un don pour l’écriture : sous divers pseudonymes, elle rédige des poèmes; certains sont remarqués et publiés dans la presse locale.
Aux lendemains de la Commune, elle vient s’installer seule à Paris, « avec plusieurs manuscrits dans son sac de voyage ». Grâce à certains contacts et recommandations, elle fait ses premiers pas dans le monde littéraire parisien qu’elle décrira dans "Le Roman d’un Bas-bleu" (1892). Des nouvelles d’elle paraissent dans divers journaux; en 1881, elle les rassemble sous le titre "Contes en l’air". Les années suivantes, elle publie en feuilleton plusieurs romans, dont Marco, qui parait dans la "Revue des deux Mondes" et lui assure un certain succès, ainsi que "Gatienne" en 1882, qui devait donner lieu à une version théâtrale qui ne vit pas le jour à cause des exigences de Sarah Bernhardt.
Au fil des années 1880, son rythme de production littéraire est très soutenu : "Victoire la rouge" et "Jean Bernard" en 1883, "Les Frères Colombe" en 1885, "Les Ensevelis" en 1887 : roman inspiré par la catastrophe qui se produisit dans les carrières de Chancelade en 1885. Son succès est notoire. Elle collabore aussi à de multiples revues et journaux : "La Revue Bleue", "Le Télégraphe", "Le Figaro", "Le Journal" ou encore "La Fronde" de Marguerite Durand. Elle est alors une femme de lettres très en vue.


Son thème de prédilection, c’est  « la peinture de la féminité douloureuse ». En décrivant ces destins de femmes, elle adhère à un certain féminisme et devient une personnalité dont l’avis et les conseils sont très prisés. Ses proches amies sont Camille Delaville, Rachilde ou Gabrielle Réval. Elles se consultent, confrontent leurs points de vue, se rencontrent dans les salons et se rendent maints services.
L’amitié, l’estime, et la confiance que Georges de Peyrebrune partage avec bon nombre de ses contemporaines, l’incitent à participer à un réseau d’écrivaines, convaincues que, dans un monde dominé par les hommes, il est impératif de créer des structures par et pour les femmes : ainsi on la trouve  dans le "Comité du Prix Vie Heureuse", dans divers jurys littéraires organisés par le magazine "Femina", et en 1904, elle devient membre du premier jury du "Prix Femina", qui choisit comme lauréate Myriam Harry, refusée par les Goncourt.


Le féminisme de Georges de Peyrebrune est à la fois certain et contradictoire. Cependant, elle le dépasse par des engagements sur d’autres plans : elle est clairement dreyfusarde aux côtés de son ami Joseph Reinach; elle écrira à l’anarchiste Vaillant en 1893, à la veille de son exécution, pour lui exprimer son hostilité à la peine capitale. Très cultivée, mondaine et intellectuelle, curieuse de science et de philosophie, attirée par les idées maçonniques, elle se trouve rapidement en décalage par rapport à la société qui prend forme au début du XXème siècle et que ne fera qu’accélérer le premier conflit mondial.


Elle fut deux fois couronnée par l’Académie française : pour "Vers l’Amour" (1896) et "Au pied du mât" (1899).
Avant de mourir, dans un très grand dénuement, le 16 novembre 1917, elle exprime le souhait d’être incinérée. Seules quelques amies fidèles, dont Séverine et Gabrielle Réval, assistent à la cérémonie.
Ses cendres reposent au columbarium du Père Lachaise à Paris.

Jean Paul Socard